L'Allemagne, pays du vélo ? - Feuilleton #5

Au programme : les ambitions cyclables de l'Allemagne d'ici 2030, les inégalités liées au genre dans l'accès aux systèmes de mobilité « partagée » et une excursion dans les rédactions allemandes.

Je suis Arthur Devriendt, journaliste indépendant et créateur de «Feuilleton» : une lettre d’information consacrée aux idées qui agitent l’Allemagne ! N’hésitez pas à réagir : en utilisant la fonction «répondre» de votre messagerie ou en laissant un commentaire en bas de la page. Pour en savoir plus sur «Feuilleton», cliquez ici.

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Temps de lecture : 8 minutes

Le dossier de la semaine dernière, sur la richesse et la pauvreté en Allemagne, ayant eu l’air de plaire, je renouvelle la formule ce samedi matin. Un dossier spécial, pour prendre le temps d’approfondir un sujet, à l’heure du petit-déjeuner. Le thème du jour : la mobilité.

Alors que l’Allemagne affiche ses ambitions de devenir une « nation du vélo », je vous livre les éléments-clés de sa nouvelle stratégie cyclable. Et je vous présente les travaux de la chercheuse Ines Kawgan-Kagan qui s’intéresse aux inégalités de genre dans l’accès aux services de « mobilité partagée ». Hors dossier, je vous emmène dans les rédactions allemandes à l’occasion de la publication du « Media for Democracy Monitor ».

J’espère que ce numéro vous plaira, n’hésitez pas à me faire part de vos retours dans les commentaires ou directement par e-mail ! Viel Spaß beim Lesen et à samedi prochain !

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Le plan vélo de l’Allemagne

À l’occasion d’un congrès national réuni à Hambourg cette semaine, l’Allemagne a rendu publique sa nouvelle stratégie cyclable. Avec ce document, le pays affiche son ambition de devenir d’ici 2030 une « nation du vélo » à part entière. Un objectif maintes fois répété par le ministère en charge des transports et du numérique, Andreas Scheuer.

Traduite en chiffres, cette ambition vise un doublement du nombre total de kilomètres parcourus à vélo (224 millions par jour contre 112 en 2017). Un objectif qui passe par une hausse du nombre de trajets effectués à vélo par personne et par an (180 contre 120) et par une augmentation de la longueur du trajet moyen (6 contre 3,7 km).

Pour y arriver, les infrastructures doivent suivre. Le défi est d’arriver à un « réseau cyclable sans discontinuités » à l’aide d’équipements de « haute qualité ». Pour cela, l’effort financier est estimé à 30 euros par personne et par an. Un effort nécessaire pour une stratégie basée sur l’offre et non sur la demande :

Ce n'est que lorsque des infrastructures cyclistes attrayantes seront disponibles que les gens achèteront de plus en plus de matériel de qualité, utiliseront les systèmes publics de location de vélos et passeront de la voiture au deux-roues.

À noter qu’à la différence de la France — et contrairement aux propos de l’élu parisien Jacques Baudrier sur Twitter — la nouvelle stratégie allemande n’indique pas d’objectif relatif à la part modale du vélo dans l’ensemble des déplacements réalisés. Outre-Rhin, celle-ci s’élève déjà à 11% (+2% depuis 2002). Un taux élevé par rapport à la France, mais qui cache de fortes disparités régionales (15% pour les zones urbaines contre 7% pour les zones rurales en 2017).

Construite sur quatre axes (gouvernance, infrastructures, population, économie) et deux thématiques transversales (ville/campagne et innovation/numérique), la stratégie cyclable du gouvernement allemand regorge — comme c’est souvent le cas pour de tels documents — de formules généreuses pour ne pas dire pompeuses. Sans prétendre à l’exhaustivité, voici les éléments qui me semblent tout de même intéressants :

  • La forte progression des vélos cargos et vélos électriques doit obliger le législateur à revoir les règles de circulation imposées aux cyclistes. Conçues alors que ces formats n’existaient pas encore, ces règles peuvent conduire dans la pratique à des conflits d’usages entre adeptes des deux-roues.

  • Au-delà du traitement des points durs (ex : carrefours) ou de la protection des voies cyclables, « l’accélération du trafic cyclable » doit également être recherchée. La mise en place de « vagues vertes » ou d’indications de signal dépendantes du trafic cyclable sont à envisager, selon les auteurs du rapport.

  • Le suivi de la stratégie est moins relié à des indicateurs de performance (ex : tant de places de stationnement vélo créées) qu’à des indicateurs de qualité. Il est par exemple écrit, au chapitre de l’intermodalité, qu’« en 2030, la moitié des utilisateurs et utilisatrices devront pouvoir juger positivement de la qualité de la prise du vélo dans les transports publics. »

  • L’Allemagne vise au minimum une réduction de 40% des accidents mortels. L’État fédéral s’engage pour cela à revoir les contenus de l’apprentissage de la conduite automobile pour intégrer des éléments sur la sécurité des cyclistes et un meilleur partage de la voirie.

  • La création, par l’État fédéral et les Länder, d’une « Fondation pour la culture du vélo » est envisagée. Celle-ci pourrait permettre de soutenir des start-ups ou des PME dans leurs programmes de R&D ou pour la mise sur le marché de produits innovants dans le domaine des mobilités durables.

  • Dans le domaine touristique, c’est la création d’une « Cycling Embassy » (en anglais dans le texte) qui est à l’étude. Destinée à pour promouvoir l’Allemagne comme destination touristique cyclable, elle est inspirée de ce qui existe déjà aux Pays-Bas, au Danemark et au Royaume-Uni.

Chargée de donner une vision pour les 10 années à venir, la stratégie présentée cette semaine ne donne pas le détail des fonds mis à disposition des territoires et autres acteurs de la filière pour réaliser celle-ci. Pour ceux que ça intéresse, les sources de financement sont au centre d’une publication éditée par l’association de collectivités DStGB et le puissant lobby cycliste ADFC.

On pourra aussi regretter que des aspects comme l’intégration sociale ou la nécessaire prise en compte des inégalités de genre n’apparaissent pas dans la stratégie allemande.

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« La mobilité partagée est une affaire d’hommes »

Dans un article publié le 28 avril, la plateforme dédiée à la mobilité Emmett se fait l’écho des travaux de la chercheuse allemande Ines Kawgan-Kagan. Travaillant sur les questions de genre, celle-ci cherche à comprendre pourquoi les femmes sont sous-représentées dans l’utilisation des services de « mobilité partagée », et à lutter contre.

Selon ses données, 60 à 75% des utilisateurs de ces services (autopartage, scooters et trotinettes en libre service) sont des hommes. Alors que la recherche a mis en évidence les différences de schémas de mobilité entre hommes et femmes, ces services seraient effet plus adaptés aux premiers, marqués par les itinéraires longs et directs, qu’aux seconds, jalonnés d’interruptions (dépôt des enfants, accompagnement d’un proche, achats..). En particulier les grilles tarifaires pénaliseraient fortement ce type d’usage.

Ines Kawgan-Kagan souligne également l’aveuglement des opérateurs de « mobility sharing » vis-à-vis des différences de genre. Ainsi, alors qu’ils récoltent des quantités considérables de données sur chacun des trajets réalisés, aucune information ne serait recueillie permettant de différencier les usages des hommes et des femmes. Chez les acteurs institutionnels, la situation ne serait pas forcément meilleure et contribuerait au renforcement de ce « Gender Data Gap » : les études sur les pratiques de mobilité échouent souvent, de par leur construction même, à appréhender correctement les déplacements des femmes.

Si les représentants de la filière du « carsharing » en Allemagne ne déclarent pas voir la nécessité d’une prise en compte accrue des différences de genre, certains acteurs se lancent toutefois dans des démarches pour améliorer la situation. Des collaboratrices du prestataire Tier (trotinettes électriques) ont ainsi lancé une initiative pour lutter contre la sous-représentation des femmes parmi leur clientèle. Au programme notamment : outils et campagnes de promotion dédiés, sessions de découverte et de formation en environnement protégé.

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Quel état du paysage médiatique allemand ?

Ces derniers jours, le « classement mondial de la liberté de la presse » a eu un écho important outre-Rhin. À la 13ème place du classement réalisé par Reporters sans frontières, l’Allemagne a perdu deux places par rapport à la précédente édition. En cause ? Une année « particulièrement violente pour les journalistes, notamment lors de manifestations liées aux restrictions dues à la pandémie de Covid-19 ».

Un autre baromètre a en revanche moins fait parler de lui. Porté par le réseau Euromedia Research Group, il s’agit du « Media for Democracy Monitor », lequel permet d’aller un peu plus en profondeur dans les dynamiques qui traversent l’état du paysage médiatique allemand (et de 17 autres pays, mais dont la France ne fait malheureusement pas partie).

Les universitaires relèvent un certain nombre de domaines dans lequel ce paysage se distingue outre-Rhin. Qu’il s’agisse de la diversité des formats, de la transparence sur le financement des acteurs audiovisuels ou encore de l’accessibilité géographique et sociale des titres de presse, l’Allemagne récolte sur ces sujets la note la plus élevée possible.

La situation est plus mitigée en revanche sur la diversité des sources et la concentration du paysage médiatique. Les auteurs notent ainsi que le « discours non élitaire comme la diversité sociale et culturelle de la société » trouvent difficilement leur place dans les principaux titres. Quant à la concentration, celle-ci est particulièrement sensible sur le marché TV commercial, où malgré la présence apparente de nombreux acteurs, deux groupes sont en position de force (RTL et ProSieben) .

Revenant sur la situation de la presse écrite en région, les chercheurs notent que « dans de nombreux endroits, la diversité médiatique locale n'est même plus concevable. » Il n’est en effet pas rare que les habitants n’aient à leur disposition qu’un seul titre de presse locale ou — pire — doivent s’en remettre aux seules informations officielles du bulletin municipal.

C’est cependant sur le fonctionnement interne des médias allemands que le « Media for Democracy Monitor » se fait le plus sévère. Se penchant sur la possibilité pour les journalistes d’intervenir dans la nomination de leurs rédacteurs en chef ou dans les décisions de l’équipe managériale, les auteurs notent que leur poids dans ces moments stratégiques est très faible. Et si des médias ont fait le choix d’un fonctionnement plus ouvert et collectif, à l’image du Spiegel, peu d’entre eux ont prévu d’évolutions significatives sur ces sujets.

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Vers des villes « sans plastique »

Dans le dernier numéro de La gazette des communes, je signe un papier sur les villes qui s’engagent contre l’usage du plastique à usage unique. De Munich à Rostock, de plus en plus de collectivités mobilisent dispositifs incitatifs et mesures contraignantes pour réduire cette consommation. L’article est à lire ici en ligne (abonnés).

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